De nombreux parents devraient trouver portes closes dans les crèches jeudi en raison d'un mouvement de grève nationale des professionnels de la petite enfance, opposés à un assouplissement des règles d'accueil préparé par le gouvernement.
Des préavis de grève ont été déposés par les fédérations CGT, CFDT, UNSA et FSU et une trentaine de rassemblements et manifestations sont prévus dans toute la France, selon le collectif de professionnels baptisé "Pas de bébé à la consigne", en guerre depuis près d'un an contre un futur décret.
Le texte, qui devrait, selon le secrétariat d'Etat à la Famille, être publié "dans les trois mois", prévoit notamment des possibilités d'accueil supplémentaire dans les crèches.
Il abaisse également de 50 à 40% le taux minimal de personnel "très qualifié" (éducateurs de jeunes enfants, auxiliaires de puériculture...) obligatoirement présent dans les crèches, augmentant du même coup le nombre de personnels moins qualifiés, comme les titulaires de CAP Petite enfance.
"Accueillir un enfant, ce n'est pas seulement changer les couches et faire un atelier pâte à modeler, c'est aussi oberver ce qui se passe, déceler les enfants qui ont des problèmes", fait valoir Christophe Harnois (Unsa), éducateur de jeune enfants.
Les titulaires d'un CAP Petite enfance "n'auront pas suffisamment de compétences et de connaissances pour pouvoir bien accompagner les enfants", poursuit-il, réclamant, au nom du collectif, le retrait pur et simple du décret.
Au "Repaire des Lutins", crèche parentale du XXe arrondissement de Paris, "toute l'équipe sera en grève jeudi", explique la responsable technique, Béatrice Serva, affirmant avoir le soutien des parents.
Pour Mme Serva, les nouvelles règles vont contraindre le personnel des crèches à "parquer les enfants et faire du gardiennage" avec des tournées de biberons à la chaîne.
Plus d'enfants, c'est aussi "moins de temps consacré à chaque parent" en fin de journée, ajoute Cyrille Godfroid, éducateur de jeunes enfants près de Metz et vice-président de la Fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants (FNEJE).
A la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), qui a validé le projet de décret début février, son président (CFTC), Jean-Louis Deroussen, reconnaît que le texte n'est pas parfait mais "permet de répondre aux demandes des parents".
Un rapport remis au gouvernement en 2008 estimait à au moins 300.000 le nombre de places d'accueil des tout petits manquantes en France, alors même que le taux de fécondité est l'un des plus élevés d'Europe.
Environ 240.000 enfants de moins de trois ans sont accueillis en crèche, soit 10% de cette tranche d'âge.
Autre pierre d'achoppement, le décret consacre l'expérimentation des "jardins d'éveil", structures pour les 2/3 ans intermédiaires entre crèche et maternelle et dont les professionnels craignent que le taux d'encadrement soit trop réduit.
Dans l'entourage de la secrétaire d'Etat à la Famille, Nadine Morano, on rejette les accusations du collectif, soulignant notamment que les capacités d'accueil d'enfants en "surnombre" ne seront permises qu'à des moments "extrêmement ponctuels" d'une heure ou deux quelques fois par mois.
"Le taux d'encadrement d'un adulte pour 5 bébés et d'un adulte pour 8 enfants qui marchent n'est pas modifié", ajoute-t-on de même source, jugeant également "un peu choquant" le fait de dire que les CAP Petite enfance ne sont pas assez compétents.
Rejetant aussi l'idée de crèches bondées, l'entourage de Mme Morano rappelle que le taux moyen national d'occupation des crèches est de 67%.